Huit situations réelles, dans des organisations très différentes. Dans chacune, la même question : que se passe-t-il quand on prend des décisions importantes sans les documenter ?
Des contextes très différents — mais à chaque fois, des décisions importantes prises sans mémoire structurée, et les mêmes conséquences : erreurs répétées, temps perdu à reconstituer le passé, intelligence collective qui s'évapore quand les équipes changent.
Personne ne se souvient vraiment pourquoi le candidat A avait été préféré au candidat B. Les hypothèses du moment ont disparu avec les notes griffonnées d'une réunion. On recommence le recrutement sans tirer la moindre leçon — et on risque de reproduire exactement la même erreur.
La décision de janvier est documentée : contexte, hypothèses (« secteur connu = montée en compétence rapide »), alternative écartée (candidat B, trop junior), risques identifiés (« profil très autonome, peu habitué au management intermédiaire »). En rouvrant l'analyse, on voit exactement quel risque s'est réalisé. Le prochain recrutement s'appuie sur cette mémoire.
Ce que Mnémosyne apporte ici : transformer un échec en apprentissage documenté, disponible pour toute l'équipe — y compris ceux qui n'étaient pas là au moment de la décision.
À l'enquête publique, personne ne peut expliquer précisément quelle décision initiale a provoqué l'effet domino. L'élu responsable a changé. Les comptes-rendus de réunion sont épars, parfois introuvables. Le retard « s'est produit » — sans qu'on puisse montrer pourquoi.
Le graphe causal retrace la chaîne entière : décision de conserver le bâtiment classé → choix d'un artisan spécialisé rare → délai de 4 mois → chevauchement avec les travaux de voirie → surcoût logistique. Chaque maillon est daté, documenté, signé. Le prochain projet municipal bénéficie de cet historique.
Ce que Mnémosyne apporte ici : rendre visible la chaîne causale entre les décisions — et permettre à une nouvelle équipe de comprendre comment un retard s'est construit, étape par étape.
Les développeurs de l'époque sont partis. Les nouveaux pensent que ce choix était une erreur stupide et veulent tout réécrire — sans savoir que les contraintes d'alors rendaient la solution parfaitement rationnelle. Le projet de réécriture consomme 6 mois de travail pour arriver au même résultat.
L'analyse technique est disponible : contraintes de budget, compétences disponibles dans l'équipe, hypothèse « la solution concurrente serait mature dans 6 mois » (qui s'est révélée fausse). Les nouveaux peuvent évaluer si les contraintes ont changé — et décider en connaissance de cause si une migration vaut vraiment le coût.
Ce que Mnémosyne apporte ici : préserver le raisonnement derrière chaque choix technique, pour que les équipes futures comprennent le contexte avant de le remettre en question.
La nouvelle équipe ne sait pas : quel dossier avait-on envoyé à la DRAC l'an dernier ? Pourquoi avait-on renoncé à candidater à l'appel à projets européen ? Sur quelle hypothèse budgétaire reposait la décision de ne pas recruter de salarié ? Tout est à reconstituer de mémoire — ou perdu.
Toutes les décisions stratégiques sont conservées avec leur contexte. La nouvelle équipe voit immédiatement : « En 2023, on a renoncé au fonds européen parce qu'on estimait ne pas avoir les ressources administratives nécessaires — aujourd'hui on a une coordinatrice à mi-temps, ce n'est plus vrai. » Une décision vieille de deux ans ouvre une piste nouvelle.
Ce que Mnémosyne apporte ici : que l'intelligence collective d'une organisation survive aux départs et aux changements d'équipe — même dans une structure qui repose entièrement sur des bénévoles.
Dans le domaine juridique, la rigueur formelle des actes peut donner l'illusion que tout est tracé. Mais le raisonnement stratégique — pourquoi avoir choisi cette qualification, écarté cette pièce, accepté cette clause — reste le plus souvent invisible, porté par des individus dont le départ emporte tout avec eux.
Les actes de procédure sont là — mais ils ne disent pas pourquoi telle qualification a été retenue plutôt qu'une autre, ni pourquoi telle pièce a été délibérément écartée. Le collaborateur qui reprend reconstitue de mémoire, interroge des collègues qui n'étaient pas dans la boucle, et prend des risques sur des décisions tactiques qui lui sont opaques.
Chaque décision stratégique du dossier est documentée : choix de qualification avec son contexte, alternatives écartées et pourquoi, hypothèses sur la position adverse, risques identifiés à chaque étape. Le collaborateur qui reprend lit l'historique du raisonnement, pas seulement l'historique des actes — et peut continuer avec la même cohérence tactique.
Ce que Mnémosyne apporte ici : dissocier la mémoire du dossier de la personne qui l'instruit. Un départ, même brutal, ne crée plus de rupture dans la continuité stratégique.
La décision d'accepter cette clause n'a jamais été documentée avec ses conséquences. Le litige de l'époque est dans les archives, mais le lien entre ce litige et la clause précise n'est nulle part. Trois ans plus tard, un autre juriste signe à nouveau sans y voir de danger particulier.
La décision de 2021 est documentée : contexte de la négociation, hypothèse « cette clause est standard et sans risque réel », conséquences observées 8 mois plus tard. Lors de la prochaine négociation similaire, le graphe causal relie directement cette clause au litige qui a suivi — et l'alerte s'impose d'elle-même.
Ce que Mnémosyne apporte ici : relier une décision contractuelle à ses conséquences réelles, pour que les erreurs passées deviennent des garde-fous concrets dans les négociations futures.
La valorisation d'un bien immobilier, l'interprétation d'une clause testamentaire ambiguë, le choix d'écarter une pièce transmise par un héritier — ces décisions sont dans la tête du collaborateur qui instruit. Sa remplaçante risque de rouvrir des questions déjà tranchées, créant des tensions entre héritiers et mettant l'étude en porte-à-faux.
Chaque décision d'interprétation est tracée : contexte factuel, hypothèse juridique retenue, alternatives écartées avec leur justification, risques identifiés. La remplaçante comprend immédiatement l'état du raisonnement, les points encore ouverts et ceux qui ont déjà été définitivement arbitrés — sans avoir à rouvrir des débats clos.
Ce que Mnémosyne apporte ici : rendre les décisions d'interprétation aussi explicites et transmissibles que les actes eux-mêmes — et éviter qu'une absence remette en cause le travail déjà accompli.
Les décisions de stratégie contentieuse ne sont jamais archivées avec leur raisonnement. Pourquoi avoir choisi cet argument plutôt qu'un autre ? Pourquoi ne pas avoir invoqué tel moyen ? Ces choix disparaissent dans les conclusions des avocats, illisibles pour le service juridique interne qui doit gérer le dossier suivant.
Chaque contentieux est une analyse documentée : arguments retenus, moyens écartés, hypothèses sur la position du rapporteur public, risques identifiés. Au bout de deux ou trois dossiers similaires, le graphe causal révèle un pattern : les recours sur les permis de construire sont systématiquement perdus lorsque l'étude d'impact a été réalisée par tel prestataire. Une décision de fond peut enfin être prise.
Ce que Mnémosyne apporte ici : transformer une série de défaites isolées en apprentissage collectif — et permettre de détecter les patterns qui coûtent cher avant qu'ils ne se répètent.
Ce n'est pas la compétence des équipes qui fait défaut. C'est la mémoire structurée des décisions — le contexte, les hypothèses, les raisons des choix — qui disparaît avec le temps et les changements.
Documenter pourquoi un recrutement a échoué, un projet a déraillé ou une clause a causé un litige, c'est se donner les moyens de ne pas revivre la même situation.
Le graphe causal rend visibles les liens entre décisions — et permet de voir comment un choix apparemment anodin a déclenché une série de conséquences.
Les équipes évoluent, les collaborateurs partent, les bénévoles se renouvellent. Mnémosyne fait en sorte que l'intelligence de l'organisation reste — et se transmette.